Ce matin, je quitte officiellement les Dolomites, plein de petits souvenirs et de belles montées. Mission accomplie.
En quittant l'hôtel, la dame à la réception me demande où sera ma prochaine destination, je lui dis que je vais monter le Stelvio. Elle me répond: "there is lot lot snow at Stelvio", dans un anglais tout croche. Je m'en attendais, c'est un des cols que je surveillais de près. Je me dirige vers le pied du Passo dello Stelvio, face Est.
Il faut 3hrs pour joindre Prato allo Stelvio. Pas que la distance soit grande, mais il faut passer deux cols en chemin. Peu après San Valentino in Campo, je me retrouve au fond d'une superbe gorge. Encore mieux que les gorges de l'Ardèche. La pluie qui tombe s'ajoute au décor. C'est trop sinueux pour arrêter en bordure de route pour prendre une photo, mais c'est sur la SS241 juste avant le long tunnel qui débouche sur Cornedo all'Isarco.
Une fois sortie des routes sinueuses, j'emprunte l'autoroute pour réduire le temps de parcours. Je sors de Bolzano, où je ne suis pas arrêté. La distance n'est pas réellement longue avant de me retrouver à nouveau sur des routes régionales. En quittant Merano, il y a quelques 45km à faire. Ça bouchonne. C'est samedi et tous les touristes se dirigent vers, devinez où, Passo dello Stelvio. Ça roule à peine plus vite qu'à vélo. Il y a beaucoup de motos. Trop même.
À vue de nez sur la route, le Stelvio est couvert, et il pleut. C'est normal, la météo du matin prévoyait des orages et averses toute la journée. Et en montagne, ça change assez vite.
J'arrive au village Prato allo Stelvio. Une pancarte indique que le col est ouvert, ouf, c'est ça de gagné. Il y a beaucoup de motos qui montent le col. Ça casse avec le paysage. Le temps est variable, bleu, gris, blanc...
Je monte sur mon vélo. J'ai une excellente idée de ce qui m'attend, inutile de dire que je l'ai roulé plusieurs fois à l'intérieur. Ça monte, ça monte. Ce qui est le plus essoufflant, c'est de respirer tous les gaz d'échappement à l'effort, et c'est pareil partout. Que ce soit une moto ou une voiture. À Prato allo Stelvio, il faisait 23C, wow, l'été s'installe sur le nord de l'Italie.
Je monte. Ça force. Un peu avant Trafoi, j'ouvre la GoPro. C'est ici que le paysage commence à se dévoiller. Je suis entre le virage #47 et #46 toujours dans la foret. Ça veut dire qu'il reste 46 autres virages en épingles sur 16km. Je suis déjà à 1450 mètres d'altitude. L'objectif est à 2758 mètres d'altitude. À cette hauteur, je ne vois pas le sommet. Le ciel se découvre, bonne affaire.
À 200 mètres du village Trafoi, j'entend un claquement. On dirait une roche qui a passée au travers de la chaine et dans tout le dérailleur. Je continu. Au virage #44, je m'arrête. Je force depuis 2km de façon anormale. Je regarde, mon braquet ne va pas plus haut que la quatrième vitesse. Wow, ça fait deux km que je force comme un malade.
Au départ, tout allait parfaitement bien. Je ne pourrais pas monter les 1200 mètres devant moi sur cette vitesse. Une inspection est obligatoire. Tout semble en condition. J'essais de corriger la situation avec les vis d'ajustement. Rien à faire, ça ne monte pas. Un groupe s'arrête, ils sont français, et l'un d'eux dit qu'entre cousins, on ne se laisse pas tombé. Bonne affaire.
Deux d'entre eux regardent le tout pendant que la douzaine attend. Je propose à l'un d'eux de mettre plus de tension dans le câble. L'autre dit que c'est inutile. 20 minutes après, j'avais raison. Ajustement final et me revoilà sur la montée. J'ignore comment cela s'est désajusté. Il faudra m'expliquer au retour. Est-ce l'altitude? ;-)
Je poursuis ma route, la GoPro enregistre tout depuis un peu avant Trafoi. Le paysage est grandiose, mais je ne suis pas encore rendu à la face Est du col. Les motocyclistes sont réellement dangereux. Tous conduisent comme sur une piste de course. D'ailleurs, les français rencontrés plus tôt me faisait la même remarque. Sur GoPro, vous comprendrez.
Les numéros de virages se suivent... 43, 42, 41, ça monte toujours. Au #35, je suis déjà à 1786 mètres. Dans les virages qui sont beaucoup plus accentués, un coup de pédale fait lever la roue avant à chaque fois. Il faut doser la force.
J'oubliais, durant ma réparation au virage #44, un groupe de VW New Bettle est passé. Je n'ai pas eu le temps de tous les voir, mais c'est filmé. Après ce groupe, quelques Ferrari et Porsche sont passés aussi.
Je croise pas vraiment de cyclistes en montée. Pas que l'on roule tous sur le même rythme, mais plutôt que le versant Est est le plus difficile. Tous partent de Bormio pour monter la face Ouest pour redescendre la face Est. Je croise donc beaucoup de descendeur. Lorsque je suis redescendu, ça se confirmait. Je me faisais même dépassé en descente et presque personne en montée.
Il y a une petite colombienne (suivant ce qui était écrit sur son gilet) qui montait à très bon rythme. En réalité, elle est passée devant moi quand j'ai quitté le groupe de Français. Moi j'étais reposé. Je l'ai suivi et j'ai tenté un dépassement deux virages plus loin. Yes! Au virage suivant, j'ai fait une pose photo et elle m'est passée devant. Elle devait avoir plus de 55 ans. Je remonte sur mon vélo et la suis. Elle devait peser 80 livres et elle roulait comme si je roulais en peloton à 40km/h, c'est à dire sans effort. Wow, elle m'a distancé et je ne l'ai plus jamais revu. Bravo!
Je monte toujours. Le temps se rafraichi naturellement et se couvre à nouveau. Au virage #34, c'est déjà 16C. Mais je suis assez réchauffé. Le rythme cardiaque est dans le tapis, naturellement.
Au virage #28, le Passo dello Stelvio se montre le bout du nez. Wow, je suis tout petit devant ce col. Les motocyclistes sont toujours aussi fous. Un autobus s'arrête devant moi lorsque je m'arrête à un autre virage pour photo. Le chauffeur me fait des signes. Je suis dans son chemin pour qu'il puisse tourner. Je lui fais signe que ça passe. Il y a bien deux pieds entre lui et moi. Il me fait encore des signes, un peu agressif le monsieur. Pourtant il devrait être habitué de croiser des cyclistes à tous les jours.
Je poursuis ma route. Au virage #24, arrêt photo puisque le ciel est à nouveau bleu. C'est le point où toute la grandeur du col se dévoile sur un même plan. On y voit clairement les 22 derniers virages en épingles. Plus haut, il y a un rifugio. Je poursuis ma montée. La fatigue s'accumule. Il reste 7,5km avant le joindre le sommet. Virage #23, et #22. Je vois un peu plus bas dans la vallée le rifugio. Il y a le groupe de Ferrari/Porsche que je n'ai pas vu au virage #44. Devinez quoi... Je descend au rifugio. Photos, encore. Le groupe sort et parle français. Je demande. Ils sont Suisse, de Genève. L'un d'eux me demande: est-ce le vélo spécial édition Ferrari que vous avez? Je l'ai vue sur internet. Je lui répond que c'est effectivement un "special edition", mais pas LE Colnago Ferrari CF-8. Le mien est "custom" dans ce sens que c'est un châssis Colnago monté en Campagnolo. All italian... L'original est monté en Shimano. La peinture sur la potence, c'est un ami à moi qu'il l'a fait au airbrush pour cadeau d'anniversaire.
Un autre me demande si je monte ou si je descend. Je monte. Il se tourne vers un autre et dit: il est fou ce mec, se taper 2000 mètres de dénivelé. Il se retourne vers moi et me demande combien j'ai fait jusqu'à maintenant... Je lui répond que Prato allo Stelvio est à peu près à 900 mètres d'altitude. Nous sommes à 2000 mètres... Faite le calcul. Et tu te tapes le sommet... Oui, il reste 750 mètres. Il se retourne vers l'autre... Je te l'ai dit, il est fou ce mec... C'est un peu ce que je me dis... Je suis fou... Je quitte et monte un autre 100 mètres et je pense que je ne suis pas le seul fou ;o)
Au fait, pour les connaisseurs, j'ai croisé plus tôt une Ferrari 250 GT Lusso (250 GTL) 1963 argent. Elle descendait le Passo Stelvio avec une Maserati. Wow. Rare, très rare. De mémoire, Ferrari n'en a fabriqué que 351 entre 1963 et 1964. J'en ai déjà vue 9 ou 10, donc il m'en reste 341 autres à voir...
Je poursuis ma montée, le dernier groupe croisé me dépasse, rien à faire, je ne suis pas de taille... Mais je me régale du son qui fait écho dans la vallée. ;-)
Vous remarquez sur les photos, le temps était bleu plus tôt. Il tourne au gris. Je monte encore, y fait frette. Je suis à 2234 mètres. Je mets mes rallonges, je sors mon coupe vent. Il commence à pleuvoir. Depuis le virage #27, je suis exposé plein vent. C'est froid. Il fait maintenant 11C. C'est normal, le vent froid descend la vallée, alimenté par la neige tout autour. Je voulais voir de la neige, je suis servi...
On me sert, le reste après souper, ou demain...
Fantastique ce Passo dello Stelvio... Et je vous avais déjà dit, la meilleure voiture pour faire ce col, c'est une Ferrari ;o)


















